Si c’est un homme – Primo Levi

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Titre original : Se questo è un uomo
Nombre de Pages : 213
Année de parution : 1999
Edition : Pocket


Résumé

On est volontiers persuadé d’avoir lu beaucoup de choses à propos de l’holocauste, on est convaincu d’en savoir au moins autant.
Et, convenons-en avec une sincérité égale au sentiment de la honte, quelquefois, devant l’accumulation, on a envie de crier grâce. C’est que l’on n’a pas encore entendu Levi analyser la nature complexe de l’état du malheur. Peu l’on prouvé aussi bien que Levi, qui a l’air de nous retenir par les basques au bord du menaçant oubli : si la littérature n’est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n’est que futilité.

Extrait

      « Je dois l’avouer : au bout d’une semaine de captivité, le sens de la propreté m’a complètement abandonné. Me voilà traînant les pieds en direction des robinets, lorsque je tombe sur l’ami Steinlauf, torse nu, occupé à frotter son cou et ses épaules de quinquagénaire sans grand résultat ( il n’a pas de savon ) mais avec une extrême énergie, Steinlauf m’aperçoit, me dit bonjour et de but en blanc me demande sévèrement pourquoi je ne me lave pas. Et pourquoi devrais-je me laver ? Est-ce que par hasard je m’en trouverais mieux ? Est-ce que je plairais d’avantage à quelqu’un ? Est-ce que je vivrais un jour, une heure de plus ? Mais pas du tout, je vivrais moins longtemps parce que se laver représente un effort, une dépense inutile de chaleur et d’énergie. Est-ce que par hasard Steinlauf aurait oublié qu’au bout d’une demi-heure passée à décharger des sacs de charbon, il n’y aura plus aucune différence entre lui et moi ? Plus j’y pense et plus je me dis que se laver la figure dans des conditions pareille est une activité absurde, sinon frivole : une habitude machinale ou, pis encore, la lugubre répétition d’un rite révolu. Nous mourrons tous, nous allons mourir bientôt : s’il me reste dix minutes entre le lever et le travail, j’ai mieux à faire, je veux rentrer en moi-même, faire le point, ou regarder le ciel et me dire que je le vois peut-être pour la dernière fois ; ou même, simplement me laisser vivre, m’accorder le luxe d’un minuscule moment de loisir.

      Mais Steinlauf me rabroue. Sa toilette terminée, le voilà maintenant en train de s’essuyer avec la veste de toile qu’il tenait jusque-là roulée en boule entre ses genoux et qu’il enfliera ensuite, et sans interrompre l’opération il entreprend de me donner une leçon en règle.

Je ne me souviens plus aujourd’hui, et je le regrette, des mots clairs et directs de Steinlauf, l’ex-sergent de l’armée austro-hongroise, croix de la guerre de 14-18. Je le regrette, parce qu’il me faudra traduire son italien rudimentaire et son discours si clair de brave soldat dans mon langage d’homme incrédule. Mais le sens de ses paroles, je l’ai retenu pour toujours : c’est justement, disait-il, parce que le Lager est une monstrueuse machine à fabriquer des bêtes, que nous ne devons pas devenir des bêtes ; puisque même ici il est possible de survivre, nous devons vouloir survivre, pour raconter, témoigner ; et pour vivre, il est important de sauver au moins l’ossature, la charpente, la forme de civilisation. Nous sommes des esclaves, certes, privés de tout droit, en butte à toutes les humiliations, voués à la mort presque certaine, mais il nous reste encore une ressource et nous devons la défendre avec acharnement parce que c’est la dernière : refuser notre consentement. Aussi est-ce pour nous un devoir envers nous-même que de nous laver le visage sans savon, dans l’eau sale, et de nous essuyer avec notre veste. Un devoir, de cirer nos souliers, non certes parce que c’est écrit dans le règlement, mais par dignité et par propriété. Un devoir enfin de nous tenir droits et de ne pas traîner nos sabots, non pas pour rendre hommage à la discipline prussienne, mais pour rester vivants, pour ne pas commencer à mourir »

P.56-58

Avis

      Une autobiographie sous forme de reportage de Primo Levi. En effet, il écrit en décrivant ce qu’il a vu et ne donne pas son point de vue, ses avis, ses émotions. Il retranscrit ce que l’on lui a dit, et ce qu’il a dû faire. Je l’ai lu pour la première fois à mes 13 ans, et la pillule a été très difficile à digérer. Puis une relecture pour ma première, et là, malgré que ce soit plus facile à lire et à finir. Le choc est toujours aussi grand, aussi important et aussi écoeurant.

Levi raconte l’arrivée dans les camps, les moments du repas, lorsqu’ils se lavaient, l’infirmerie, les séléctions, les trocs, et puis finalement quand les Allemands ont désérté.. La survie.

La traduction est très bonne à mon avis, même si je ne l’ai pas lu en italien. Je pense que ce livre devrait être dans le programme au collège. Ce genre de choses devraient être connus de tous.

Petite annecdote : dans ce livre, Primo Levi rencontre un Alsaciens dans les camps. Celui-ci (honte à moi, car je ne me souviens plus du nom), est venus dans mon lycée témoigner. Dommage que je n’ai pas pu être présente. Je crois qu’aujourd’hui il est encore vivant. Pendant des années, lui et Primo Levi ont échangés des lettres..

 

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